lundi 27 juillet 2015

L'interview de Solange par MadmoiZelle, l'humour genré c'est la tristitude.

C’est depuis mon récent visionnage de l’interview d’Ina M. (alias Solange Te Parle) par une journaliste de MadmoiZelle que l’envie d’écrire fait à nouveau bouillonner mon cerveau.



Si vous n’avez pas vu la vidéo, foncez. Non mais vraiment.

Bon, je sais que certain(e)s ne supportent pas Solange, pour des raisons que je ne comprends pas toujours. Mais c’est parce que je ne suis pas très objective. Voir même pas du tout.

Revenons donc à nos moutons, à savoir l’interview de Solange par Miquette, journaliste de MadmoiZelle.
J’ai eu une période d’amour inconditionnel pour Solange, suivie d’une période où elle m’a légèrement énervée.
Et l’interview commençait très mal pour moi. Les hésitations de Solange passaient pour de la prétention mal placée et je la trouvais presque hautaine envers la journaliste. C’était avant que je comprenne que la youtubeuse n’était pas du tout à l’aise au commencement de l’interview.
Enfin, la voilà partie. Elle répond aux questions de la journaliste, elle fait ce qu’on attend d’elle quoi. Jusqu’ici tout va bien, ce qu’elle dit est intéressant, comme d’hab. Et vient le moment de la question que je n’aime pas, mais qui doit être posée parce qu’on est sur MadmoiZelle, j’imagine : Que donner comme conseil aux youtubeuses vis à vis de son expérience de femme sur la toile ? (Je trouve ça très nul de toujours tout rapporter au rôle de la femme, à sa dure expérience dans la vie justement parce qu’elle est une femme. Bref.)
Et là… Ina répond d’une manière tellement complète et impliquée. Elle en pleure. Elle pleure et je trouve ça magnifique. Ina explique qu’elle est contre les youtubeuses qui font de l’humour sur des sujets exclusivement féminins, elle prend pour exemple les poils. « Actuellement en France, il y a plus de drames vraiment intimes, vraiment qui font mal, qui ont avoir aux poils, que de trucs drôles, vraiment. Et j'ai rencontré ces filles, et c'est pas drôle. Elles souffrent. C'est pas drôle. » Merci Ina, merci mille fois pour ces quelques minutes rafraichissantes, émouvantes et empruntes de vérité.

D’abord parce que je suis entièrement d’accord avec le fait qu’il est très dégradant de se limiter à de l’humour genré parce qu’on est une fille. 
Et ensuite parce que Solange m’a fait comprendre que rire de ses poils parce qu’on ne les assume pas réellement, ça donne encore plus d’armes aux hommes pour nous humilier. Je parle de ceux qui sont déjà enclins à humilier la femme parce qu’elle ne respecte pas son rôle de femme bien entendu, je ne mets pas tous les hommes dans le même sac.
C’est exclusivement de cette partie que je parle parce que c’est celle qui me touche le plus. Le reste de l’interview est très bien aussi, mais je vous laisse le découvrir par vous même.

Je trouve donc qu’Ina parle parfaitement bien de ce mal-être qui existe et qui plane sur nous, même si nous le nions. Comme ces filles justement qui rient publiquement de leurs poils, ou de leurs règles parce qu’elles n’ont aucune idée de comment les assumer. C’est leur manière à elles de nier qu’il y a un malaise. C’est leur manière de rester désirable tout en (se) prouvant qu’elles sont impliquées dans le combat féministe. En gros, elles sont comme nous, ou du moins comme moi, pommées entre l’envie de (se) plaire et l’envie de faire ce qu’elles veulent.
Il ne suffit pas de rire d’un problème pour qu’il s’efface, et c’est même très révélateur du malaise qu’il cache. Et cet humour genré ne fait qu’enfouir nos frustrations féminines au fond de nous, bien profond pour faire croire qu’on s’en fiche de tout ça et que pour nous, les poils ça n’a jamais été un problème.

Je crois effectivement que  parler sérieusement de ses poils, les montrer, prouver qu’on peut vivre avec (comme l'a fait Solange) est beaucoup plus libérateur pour l’individu comme pour la femme en général que de cacher la gêne qu’ils provoquent en les tournant au ridicule.
J’ai l’air de prêcher la bonne parole mais je suis moi même un très mauvais exemple. Par exemple je déteste avoir à me raser mais je ne supporte pas de voir mes jambes poilues. C’est surement parce qu’on me dit depuis trop longtemps qu’une femme poilue ce n’est pas joli. Mais je ne vais pas garder mes poils alors que je ne les aime pas, si ? Je ne peux pas garder quelque chose que je n’aime pas simplement parce que je suis d’accord avec le fait que la femme a le droit d’avoir des poils !
Je crois que c’est ça le problème… A force de bouffer du conditionnement sur comment doit être la femme, quelles exigences elle doit remplir, on ne sait plus trop où est la limite entre ce qu’on veut, ce qu’on aime et ce qu’on est sensées faire. Tout se mélange et nos envies, nos idéaux ne sont plus clairs.
J’ai pris comme exemple les poils parce que c’est ce que Solange a fait, mais ça marche tout aussi bien avec les règles ou tout autre attribut exclusivement féminin, ou qui pose un problème chez la femme.

Et ce n'est bien évidemment pas parce que je parle uniquement de la femme que je pense que les hommes n'ont aucun complexe à avoir ou aucune condition à remplir pour nous plaire. Au contraire c'est le même problème. Le seule différence c'est que l'homme est présupposé supérieur et la femme inférieure... 
Conclusion : stop à l'humour genré, qu'il soit féminin ou masculin, arrêtons de nous cloitrer dans nos rôles de femmes ou d'hommes. Comme le dit si bien Solange, voyons nous avant tout comme des êtres vivants. Nous limiter aux prédispositions qu'on nous octroient par rapport à nos organes reproducteurs c'est nous fermer des portes avant même de savoir ce qu'il y a derrière. Et c'est quand même vachement dommage.

Je vais m’arrêter là, parce que j’ai dit l’essentiel et parce que je pourrais parler de mon féminisme flou pendant des heures (certainement parce que j’ai moi même du mal à le comprendre).


Au plaisir de vous revoir dans un prochain article, en espérant qu’il ne soit pas dans 6 mois !

2 commentaires:

  1. Très belle article soum! , je réagis sur le " mon féminisme flou ", car je pense, qu'au fond le féminisme est flou de part son manque de sérieux dans la société par les autres, la politique, les médias, le féminisme fait peur à certains, quand tu dis " je suis féminisme " tu as l'impression d'être jugé comme si tu avais commis un acte malveillant ou on te dis que ça va passer. J'ai eu, cette période de féministe flou, je savais pas si je l'étais ou si c’était un hobbie, maintenant je l'affirme, oui je suis féministe. Après je pense que le féministe ne devrait pas être vu comme une bande de fille qui se soude pour éradiquer un problème (pour beaucoup féministe = extrême ), le féministe est je pense pour moi un combat à par, car chacun en fait sa vision, je suis moi même des groupes féministes car parfois les articles sont intéressants, mais parfois je suis en désaccord car trop extrême, et juge l'homme mâle comme mauvais alors que justement le soucis est que cette société est délivrée à vivre selon un type d'Homme, la dernière fois je regardais les commentaires d'un mec disant qu'il aimer fauve et tout de suite on le traite d'avoir une sensibilité différente et donc de le classer dans une catégorie d'homme. Enfin tout ça pour dire que je pense que le féministe est quelque chose de flou car il s'établis dans une prise de conscience futuriste, d'un monde ou les hommes et les femmes vivraient en totale harmonie et égalité et que pour moi être féministe est une manière de voir cette évolution du monde avec un regard ou on sent que certaines femmes, certains hommes ne sont pas admis.

    RépondreSupprimer
  2. Merci Cécile, ravie que ça te plaise ! :D

    Pour en revenir sur mon féminisme flou, je me suis longtemps demandé si j'étais féministe ou pas. J'ai toujours été pour l'évolution de la femme dans la société et pour l'égalité des sexes. Mais je n'étais pas sure de mériter l'étiquette de "féministe" parce que je ne faisais aucun acte pour défendre la cause féminine. Pour moi une féministe devait forcément revendiquer haut et fort ses convictions. Ce qui revient plus ou moins à dire que pour moi une féministe était obligatoirement dans une forme d'extrémisme.

    Mais aujourd'hui je n'ai plus aucun doute. Je suis féministe et ce mot a cessé de me faire peur. Les féministes ne sont pas une sorte d'élite ou je ne sais quel groupe restreint, puisqu'à partir du moment où on est pour l'égalité des sexes, on est féministe. Il n'est pas plus choquant de dire "Je suis féministe" que de dire "Je suis athée" !
    Aujourd'hui donc je suis féministe, j'en suis sûre. Mon problème c'est surtout que j'ai encore du mal à saisir la limite entre l'égalité des sexes et "les femmes font ce qu'elles veulent" (c'est ce que défend parfois MadmoiZelle et je suis contre). Pour moi une femme doit avoir les mêmes droits et devoirs que les hommes. Que ce soit Nicki Minaj ou un homme qui bouge son cul ne change rien. Le problème ce n'est pas que ce soit une femme qui le fasse, le problème c'est que c'est vulgaire, déplacé et sans intérêt. En fait mon problème avec mon féminisme c'est seulement que je n'ai pas encore trouvé précisément mes limites. Je n'arrive pas encore à savoir si ce que je veux est le fruit d'années entières passées à entendre que les femmes doivent être comme ceci ou comme cela, ou si c'est uniquement ma volonté à moi.

    Le féminisme qui veut que la femme soit au dessus de tout, même de l'homme, ce n'est pas du féminisme. Et c'est à cause de ce genre de malentendus que des jeunes filles de 15 ans se retrouvent en photo sur internet avec des panneaux où elles écrivent "Je ne suis pas féministe car je ne me sens pas supérieure aux hommes".
    Je suis même persuadée que le féminisme implique aussi de défendre la liberté des hommes.

    Effectivement le féminisme est une conviction qui idéalise la société, qui nous projette dans le futur. Et je suppose qu'il existe autant de définition du féminisme qu'il existe de féministe. Mon féminisme n'est pas le meilleur, c'est le mien c'est tout. Mais n'importe quel mouvement extrémiste, qu'il parte d'une bonne intention ou non, n'est pas un bon mouvement.

    RépondreSupprimer